AccueilFAQRechercherS'enregistrerConnexion

Partagez | 
 

 Bégaiement et trouble graphique

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Aurore Rivière
Admin


Féminin Nombre de messages : 125
Psychomot ? Ortho ? Patient ? ou...? : orthophoniste et psychomotricienne
Département (si France) ou Pays : Oise
Date d'inscription : 01/01/2008

MessageSujet: Bégaiement et trouble graphique   Sam 5 Jan - 9:27

Attention, il importe de considérer ces données avec beaucoup de précaution. Elles reposent sur l'analyse de 103 études de cas présentées par 25 binômes ou trinômes constitués de professionnels en psychomotricité et en orthophonie à partir d’un questionnaire. Or, je tiens à insister à nouveau sur le fait que cet outil de mesure est imparfait, puisque les critères de validation psychométrique de ce dernier (objectivité, fidélité et sensibilité) n'ont pu être validés. (cf. remarque de présentation) De fait, ces deux corrélations sont présentées ici dans le but d'ouvrir la voie à vos remarques à d'éventuelles études ultérieures qui affineraient en confirmant ou infirmant mes observations.

L’analyse du questionnaire met donc en évidence que tous les enfants présentant un bégaiement souffrent également de difficultés graphiques. Ce résultat concerne les troubles du graphisme définis par les psychomotriciens. Il est intéressant de constater qu’en considérant la cotation des orthophonistes, ce chiffre diminue. En effet, un peu plus des 2/3 des patients bègues présente également des troubles graphiques.
On pourrait penser que ces observations incombent pour beaucoup aux patients présentant une déficience intellectuelle, les troubles qu’ils manifestent étant globaux. C’est la raison pour laquelle j’ai effectué ce même croisement, sans prendre en considération les enfants présentant un handicap mental. Le nombre total de patients diminue alors nettement et passe de 103 à 46, les résultats chiffrés de l’analyse statistique se voient modifiés.
Selon le classement des psychomotriciens, aucune modification n’intervient : tous les patients bègues présentent toujours des troubles du graphisme. Par contre, considérant les données des orthophonistes, ils ne sont plus qu’1/3…
Analysons désormais les données inverses. 9 % (10,3 % si l’on ne considère pas les enfants manifestant une déficience intellectuelle) des patients présentant un trouble du graphisme (selon les psychomotriciens) souffrent également d’un bégaiement. Selon le classement des orthophonistes, ils sont 7,1 % (et 5% sans handicap intellectuel).
Je vais désormais tenter d’expliciter ces corrélations.

Tout d’abord, certes le bégaiement et les troubles du graphisme apparaissent souvent dans le cadre de certains syndromes marqués par une déficience intellectuelle. Cependant, de telles pathologies se manifestent également très fréquemment chez des enfants précoces, et d’une « intelligence moyenne ». Ces observations expliquent que les analyses ne varient que très peu, que l’on considère ou non les enfants présentant des troubles intellectuels.

En outre, considérons désormais l’étiologie du bégaiement et des troubles graphiques. Celle-ci semble plurifactorielle, étant donné la variabilité des tableaux cliniques de ces pathologies.

L’association « Parole Bégaiement » (2005) a effectué un important travail de recherche sur l’état actuel des connaissances concernant les causes de ce trouble de la communication. Ainsi, certains facteurs favoriseraient le bégaiement. Il s’agit par exemple de données intrapersonnelles : génétiques (syndrome, transmission héréditaire), neuro-musculaires (moindre amplitude des ondes béta ou du flux sanguin), motrices (trouble du contrôle moteur au niveau du larynx), psychomotrices (trouble du schéma corporel, tonique…) linguistiques (trouble de l’acquisition de la parole et du langage), et psychologiques (caractère volontaire, perfectionnisme, tendance obsessionnelle). Des facteurs environnementaux risquent également de favoriser l’apparition du bégaiement : des exigences parentales excessives concernant la qualité de la parole de l'enfant, la rapidité d'exécution de certains gestes, l'hygiène, l'ordre, la politesse... On puet également retrouver une ambiance peu favorable à la communication (conflit parental, problèmes relationnels avec la fratrie...) De surcroît, des événements de la vie quotidienne seraient considérés comme déclenchants le bégaiement : entrée à l'école, naissance d'un puîné, déménagement, traumatisme affectif... Le trouble risque de se chroniciser si l'entourage de l'enfant adopte une attitude inadéquate. Le patient présentera alors des réactions de lutte et/ou déni de ses troubles, ainsi qu'une mésestime de lui, une hyperémotivité...

Les troubles graphiques recèlent également des dimensions intra et interpersonnelles. En effet, le sujet peut présenter des difficultés motrices, perceptives (visuelles ou kinesthésiques), psychomotrices (trouble tonique, spatio-temporel...) et/ou symboliques (souvent dues à une immaturité affective) à l'origine de ses difficultés graphomotrices. Aucune prédispositon concernant le caractère de l'enfant n'est relevée. En outre, les facteurs environnementaux sont mis en exergue : exigences importantes de l'entourage vis-à-vis de l'écrit, de l'ordre, de la rapidité d'exécution de certains gestes...

En somme, les étiologies de ces deux pathologies sont similaires... De plus, il est intéressant de constater que, pour le bégaiement comme pour le trouble graphique, l’enfant éprouve des difficultés à s’exprimer. Celles-ci se manifestent par un manque de fluence qui altère parfois l’intelligibilité du message (accrocs dans la parole pour le bégaiement, irrégularité du tracé, juxtapositions, saccades, télescopages… pour les troubles graphiques). Une dysharmonie tonique est également commune aux deux pathologies : forte crispation dans la zone thoracique et faciale pour le bégaiement, dans tout le bras pour les troubles graphiques. Des phénomènes secondaires, tels que des sudations, des blocages respiratoires, etc. peuvent se manifester. De surcroît, la douleur physique et/ ou psychique est très fréquente. Mais l’enfant la dénie et s’évertue à poursuivre son message. Son entourage (qui manifeste d’excessives exigences concernant la qualité de son expression) l’incite à poursuivre cette lutte. Malgré tout, l’enfant se voit échouer dans ses tentatives de communication et d’expression de soi. Il peut se sentir corrigé, oppressé, on comprend alors pourquoi la mésestime de soi est loin d’être rare...

Mais pourquoi sont-ce les troubles du graphisme qui apparaissent sous-jacents au bégaiement et non l’inverse ? Ou pourquoi ces deux pathologies ne sont-elles pas simplement co-morbides ? On peut invoquer l’incidence du trouble du graphisme (5 à 20 % des enfants d’âge scolaire) en regard de celle du bégaiement (0,5 à 1 %). Mais il s’agit également de souligner que l’étiologie du bégaiement est plus restreinte que celle des troubles graphiques (facteurs génétiques, neuromusculaires, caractère prédisposant…).
Revenir en haut Aller en bas
http://psychomotortho.forumpro.fr
 
Bégaiement et trouble graphique
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Trouble du sommeil lié au rythme circadien (Auparavant Trouble du rythme veille-sommeil) - DSM-IV
» Trouble phonologique - définition DSM-IV
» Bégaiement - définition DSM-IV
» Le trouble d'anxiété généralisé (TAG)
» trouble de l'équilibre

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Psychomotricite et Orthophonie : échangeons ! :: Corrélations entre les troubles psychomoteurs et les troubles orthophoniques :: Corrélations observées et inattendues (à considérer avec précaution)-
Sauter vers: