L’espace et le temps composent un ensemble indissociable dans lequel l’agir se déroule. Si les théories psychomotrices séparent parfois ces concepts pour simplifier leur étude, les termes « spatio-temporel » ou « temporo-spatial » demeurent très souvent reliés.
L’espace peut être défini comme une étendue infinie qui entoure et contient tout objet, dont le corps.
Tout d’abord, l’espace marque la distance, il sépare le soi du non-soi. De fait, il se présente comme un support de la relation et de la communication.
En outre, comme je l’ai souligné plus haut, l’espace s’établit à partir des différences entre les deux hémicorps. Ainsi, A. BULLINGER (1997, 1998, 1999, 2003, 2004) explique que, dans un premier temps, le bébé perçoit les deux hémi-espaces gauche et droit comme disjoints. Peu à peu, il les coordonne grâce à ses expériences de postures asymétriques et par le relais de la zone orale (cf.
la maîtrise du torse). L’espace de préhension émerge alors. Le tout-petit ne s’intéresse qu’aux objets situés dans cette zone. Progressivement, ses progrès locomoteurs lui permettent de faire entrer et sortir les objets de cet espace de préhension. Dans le même temps, le corps est perçu comme s’articulant dans l’espace des déplacements. Peu à peu, l’enfant apprend à se situer, s’orienter, s’organiser, se déplacer, et conçoit l’agencement des choses du monde en référence à son corps agissant : c’est l’
orientation spatiale. Plus tard, il est capable de
structuration spatiale : il parvient à partager l’espace et le diviser en parties. Par exemple, il lui est possible de penser les notions de distance, de volume, de rapport espace - temps.
Le temps est un milieu indéfini dans lequel l’agir se déroule. Il s’établit progressivement à partir des expériences sensorielles, motrices, relationnelles.
Ses trois composantes sont la succession, l’ordre et la durée.
Dès ses premiers jours de vie, l’être humain vit activement ou passivement des séquences d’évènements qui se répètent régulièrement (par exemple manger et dormir, ou bien encore l’alternance du jour et de la nuit). Cette perception de la succession et de l’ordre sécurise l’enfant. Elle constitue le seul repère temporel accessible avant l’âge de 5 ans.
La durée correspond à la quantité de temps entre deux repères (le début et la fin d’une action ou deux actions différentes (dans ce cas, on parlera aussi d’intervalle). Cette notion fait appel à la séparation, aux limites. La perception de la durée peut être concrète, mais elle peut également être estimée de manière intuitive et subjective.
Les mouvements du bébé, initialement fruits du hasard, deviennent progressivement volontaires, par le biais de la répétition. Chaque séquence motrice débute et se termine par une posture, elle-même définie par un temps d’immobilité. La notion de temporalité du geste s’intègre (début, déroulement, fin). Peu à peu, l’enfant peut se situer dans le temps, au départ toujours par rapport à une action dont il est le sujet principal : c’est l’
orientation temporelle. Plus tard, il accède à la
structuration temporelle : il peut reconnaître et réaliser des ensembles organisés dans le temps, en combinant différents éléments : succession, durée, intervalle, vitesse,
rythme…
En somme, le temps apparaît comme un outil de compréhension du monde et de l’environnement. Il permet au sujet de s’adapter, et de communiquer.