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 Le développement tonico-postural selon A. BULLINGER

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Aurore Rivière
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Psychomot ? Ortho ? Patient ? ou...? : orthophoniste et psychomotricienne
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Date d'inscription : 01/01/2008

MessageSujet: Le développement tonico-postural selon A. BULLINGER   Sam 5 Jan - 8:49

Je vais désormais présenter le développement tonico-postural selon A. BULLINGER. Ce docteur en psychologie et professeur à l’université de Genève distingue quatre espaces (BULLINGER, 1997, 1998, 1999, 2003, 2004) : la maîtrise de l'espace oral, du buste, du torse, et du corps.

La maîtrise de l’espace oral
Dans son enveloppe utérine, le foetus bénéficie d'une nourriture en continu. Lorsqu’il voit le jour, il se trouve écrasé par la pesanteur et non contenu. Son alimentation devient fractionnée.
Grâce au réflexe de succion, le nourrisson peut incorporer le lait maternel. La zone buccale est alors un lieu de capture : le tout-petit s’empare du sein de sa mère et de la nourriture qu’il contient. Les moments de satiété sont associés à une sensation agréable de contenance, basée sur la sensibilité archaïque. La première temporalité de l’enfant s’organise d’ailleurs autour de cette notion de vide/plein. Parallèlement, dans cette situation de nourrissage, le bébé découvre la fonction d’exploration de sa bouche. Son système d’exploration tactile récent lui permet de découvrir les propriétés morphognosiques et hylognosiques de cette zone bucco-linguale.
Par ces expériences auto-centrées de capture et d’exploration le petit élabore instrumentalement sa bouche, c’est-à-dire qu’il intègre que cette zone contenante est un outil pour agir sur son environnement.
Plus tard, les expériences de l’enfant s’ouvriront à son corps entier et l’environnement. Le petit investira sa bouche comme un lieu de plaisir, et y portera des objets, puis les parties de son corps afin de les découvrir. La zone buccale se libèrera donc de sa fonction d’exploration tactile, permettant au bébé de rechercher les possibilités kinésthésiques de cette bouche, afin de produire des sons et moduler sa voix. Ce seront les prémices de la parole et du langage.

Dans certains cas, on observe un clivage capture - exploration. Par exemple, si l’entourage relationnel de l’enfant ne le contient pas suffisamment, le petit éprouvera alors le besoin de s’accrocher au sein maternel dans une hypertonie, afin de lutter contre la crainte de l’effondrement. De même, un enfant présentant une spasticité d’origine organique sera agrippé au sein de sa mère. Dans ces deux cas, il y a risque de surinvestissement de la fonction de capture, pouvant aboutir à une impossibilité d’exploration.
La fixation à la capture et/ou à l’exploration peut également être observée dans le cas d’un bébé manifestant une hypoesthésie, ou une hypersensibilité buccale (qu’elle soit d’origine neurologique ou non). De même, par exemple, si le petit a été alimenté par gastrotomie dès sa naissance, il n’aura pas ressenti cette dualité vide/plein, et la capture lui sera difficilement accessible.
De telles pathologies risquent de constituer une barrière plus ou moins difficilement franchissable qui permette la maîtrise de cet espace oral. Les conséquences de tels clivages peuvent être reliées à des troubles praxiques bucco-linguo-faciaux, et par conséquent des difficultés d'accès à la parole, voire des troubles de la voix. Le développement de l’enfant emprunte alors des voies de compensation, afin d’accéder aux autres espaces.


La maîtrise du buste
Le foetus dispose de peu de place dans l’utérus, il est contenu dans un enroulement. De fait, à la naissance, le corps du nourrisson est en cyphose.
Les gestes volontaires du tout-petit sont très limités, parce que ce dernier est écrasé par la pesanteur. Ainsi, A. GRENIER (pédiatre français) a montré que, placé dans des conditions très spécifiques de soutien au niveau de la nuque et du siège, le nouveau-né peut avancer les deux mains pour saisir un objet qu’on lui présente : sa motricité est alors libérée de la pesanteur. Cette expérience met en évidence le fait que le tout-petit est entièrement dépendant d’appuis extérieurs.
Dans certains cas, pour compenser son hypotonie axiale, le bébé utilise sa respiration comme un tonus pneumatique lui permettant de tenir verticalement.

Le premier schème que le nourrisson provoque est l'extension, qui correspond à la recherche d'un contact extérieur enveloppant (comme était l'utérus), et participe à la construction de l'arrière-fond. Parallèlement, le petit découvre la flexion, qui lui donne la possibilité de s’enrouler, se rassembler sur lui-même, se sentir contenu, puis explorer le devant. Ainsi, l'extension et la flexion assurent un premier haubanage avant / arrière. Concrètement, cela signifie que, peu à peu, les appuis extérieurs qui étaient nécessaires au nouveau-né pour lui permettre de se mouvoir volontairement s’intériorisent. De même, la respiration pneumatique diminue progressivement.
Or, la création de cet haubanage avant / arrière est indissociable du développement de la vision (acuité et champ visuel). Ainsi, le champ visuel du bébé s’agrandit, ce qui augmente ses possibilités d’exploration de l’espace. Ces compétences visuelles périphériques se coordonnent avec celles de la vision focale, ce qui permet une exploration oculaire véritablement active. La vision devient un instrument permettant à l’enfant d’intégrer son environnement (capter des informations, comprendre…).

Parfois, le tout-petit ne parvient pas à investir ses muscles extenseurs et fléchisseurs, à se libérer de son tonus pneumatique, et/ou à utiliser son système visuel pour explorer. Il risque alors de développer des troubles de proprioception, ou de la posture, qui pourraient être à l'origine de troubles pneumo-phoniques. Des prises compulsives d’objets en compensation aux difficultés de coordination statique, pourraient également se développer, et pourraient entraîner des troubles de la coordination dynamique. Enfin, des difficultés de discrimination visuelle peuvent se manifester dans de tels cas, lesquels pourraient engendrer des troubles logico-mathématiques ou plus largement des difficultés au niveau du langage écrit.


La maîtrise du torse
L'acquisition de cet espace nécessite la maîtrise du buste, et notamment de l'existence d'un arrière-fond stable, diversifié et modulable selon les situations. En effet, le buste doit être suffisamment tonique pour permettre l'initiation d'un travail de l'axe dans la torsion. De même, le système visuel doit être efficient, puisque c’est le regard qui guide les actions.
Dans les postures asymétriques, le tonus se répartit différemment en fonction des zones corporelles. Par exemple, en position de l’escrimeur, la tête et le regard s'orientent dans la partie corporelle la plus tonique. L'enfant expérimente ainsi les mouvements des ceintures et découvre les deux parties de son corps. Dans les débuts de cette découverte, la zone orale reste mobilisée comme une zone de relais et d'exploration pour le passage d'un espace latéral à l'autre. La dissociation progressive des ceintures scapulaire et pelvienne permet de coordonner les deux hémi-espaces, ce qui libère progressivement la bouche de son rôle de relais. Cette maîtrise de l’axe corporel va de pair avec une unification de l’espace de préhension. De fait, l’enfant n’utilise plus systématiquement la main droite pour attraper un objet situé dans l’hémi-espace droit, une préférence peut s’installer. Le bras peut donc franchir la zone médiane pour attraper un objet. Les rôles des mains commencent à se différencier : ce sont les premières coopérations bi-manuelles.

Il peut arriver que l'enfant ne parvienne à élaborer le torse et les mains comme des instruments pour comprendre et agir sur le monde. On observe alors un clivage droite / gauche. Dans ce cas, le petit éprouve toujours la nécessité de se rassembler pour trouver des appuis, ce qui limite fortement d’autres activités. Les conséquences seront des troubles de l'axe corporel, voire de la latéralité, des difficultés de coordination, des troubles praxiques des membres supérieurs, des troubles graphomoteurs, et peut-être des troubles des pré-requis à la communication.


La maîtrise du corps

Lorsqu'il a acquis la maîtrise de son torse, le petit découvre qu'il peut saisir ses membres inférieurs. Il investit la zone pelvienne, et son tonus corporel s'ajuste.
Son bassin et ses jambes assurent les fonctions d’appui : par exemple, il élargit son polygone de sustensation afin de s’assurer une stabilité. Parallèlement, le pied permet l’exploration : les nombreux récepteurs plantaires assurent en effet une fonction spécifique d’information des modifications du terrain.
Peu à peu, l’enfant se créé un corps véhicule, espace de déplacement.

Certains petits ne parviennent pas à accéder à cette maîtrise du corps. Ils pourront alors développer des difficultés proprioceptives, posturales, praxiques, de coordination statique et dynamique, et concernant l'espace, du corps et les déplacements. De même, des dysphonies peuvent également apparaître : la recherche stabilométrique a en effet mis en évidence les rapports entre difficultés posturales et troubles de la voix (LACOUR, 1999). Enfin, des troubles du langage écrit peuvent se manifester dans de tels cas, les recherches très récentes ayant mis en évidence des liens entre dyslexie et troubles posturaux ou proprioceptifs (QUERCIA, 2005).
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