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 Le système d'étayage psychomoteur de S. ROBERT-OUVRAY

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Aurore Rivière
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Féminin Nombre de messages : 125
Psychomot ? Ortho ? Patient ? ou...? : orthophoniste et psychomotricienne
Département (si France) ou Pays : Oise
Date d'inscription : 01/01/2008

MessageSujet: Le système d'étayage psychomoteur de S. ROBERT-OUVRAY   Sam 5 Jan - 8:47

S. ROBERT-OUVRAY est kinésithérapeute, psychomotricienne, docteur en psychologie clinique, psychothérapeute en analyse émotionnelle, et victimologue. Elle estime que le développement psychomoteur se construit selon un système intégratif qui comprend cinq niveaux d’organisation (tonique, sensoriel, affectif, représentatif, et langagier) (1993, 1996, 1999). Si ce découpage permet d'éclairer la clinique, il reste cependant purement artificiel et abstrait. En effet, dans la réalité, l’enfant vit chaque stimulus comme une unité : toute situation tonique est donc indissociable d’une sensation, d’un affect et d’une représentation. On peut d'ailleurs penser que la situation vécue par l'enfant est plus que la somme de ces quatre niveaux d'organisation, puisque ceux-ci interagissent sans cesse.


Le niveau tonique
Ce premier niveau constitue le pilier du système intégratif. Il est fondé sur la dualité hypertonie / hypotonie. A la naissance, le nourrisson présente une hypotonie axiale, et une hypertonie des fléchisseurs des membres. Peu à peu, au cours de son développement, le tonus de ses muscles s’organise vers l’équilibration agonistes / antagonistes. Vers le sixième mois, le bébé tient assis : il parvient à maintenir seul son axe corporel à la verticale, ce qui lui permet la préhension. C’est la première synthèse tonique.
Parfois, l'enfant ne peut accéder à cette coordination. C'est le cas par exemple de bébés IMC, ou présentant une autre pathologie neuromotrice, organique, ou psychogène ayant une répercussion sur le tonus de l'enfant. La détente tonique (premier mouvement d’extension psychomoteur) est alors difficile. L’hypertonicité de stress entraîne précocement une fausse extension dorsale, faite de contractions rigidifiantes en série. Ainsi, au niveau supérieur, les articulations des épaules sont bloquées en rotation externe et les bras en chandelier, ce qui implique une triangulation oeil-main-bouche malaisée. De même, les membres inférieurs sont rigides, la hanche ne s’ouvre pas, et l'enfant est gêné dans la saisie de son pied, et la découverte de son corps.

Je me permets d'aller plus loin dans les conséquences de cette difficulté d'ambivalence tonique.
Ainsi, un enfant qui ne parvient pas à saisir ses membres inférieurs, risque de développer des troubles du schéma corporel. Il ne pourra pas s'appuyer sur son corps comme référent stable, afin de construire ses repères spatio-temporels, sa latéralité... De même, ne pas parvenir à « prendre son pied », risque d'impliquer un trouble de l'image du corps, et plus généralement un trouble du narcissisme.
En outre, au niveau des membres supérieurs, si la triangulation oeil-main-bouche est malaisée, ce sont finalement toutes les praxies manuelles, et bucco-lingo-faciales, ainsi que la coordination oculo-manuelle qui seront pertrubées. Difficile alors d'accéder à des activités de motricité fine, comme la parole, l'écriture,...
Plus largement, les troubles du tonus impliquent le plus souvent des difficultés d'équilibre, et de coordination globale. De même, B. LESAGE (2006, p 20) affirme : « la respiration est étroitement liée à la régulation tonique et émotionnelle. (...) Le travail de la voix dépend étroitement de la respiration qui entraîne donc lui aussi une modulation tonique. » La théorie du tonus pneumatique de A. BULLINGER va également dans ce sens, ce qui montre que les troubles toniques peuvent avoir des répercussions au niveau de la respiration, et plus largement au niveau de la voix.


Le niveau sensoriel
Ce deuxième niveau prend appui sur l’hypertonicité et l’hypotonicité. Il se différencie en deux sensations extrêmes, le dur ou le froid, et en opposition, le doux ou le chaud. Peu à peu, le bébé acquiert la notion de tendre ou de tiède, en créant des intermédiaires.

Certains enfants, par exemple ceux qui souffrent d'autisme ou d'un autre trouble psychiatrique, peuvent avoir la sensation de vivre de manière purement mécanique. Par exemple, s’ils parviennent à se mouvoir dans l'espace, ils ne peuvent cependant pas investir leur motricité, et ressentir les états de tension et de détente qui donnent du sens à la vie. Comment alors ces êtres qui ne se sentent pas exister peuvent-ils développer et investir une communication envers autrui ?


Le niveau affectif
Le couple d’affects satisfaction / insatisfaction constitue ce niveau. Pour y accéder, la présence d’un tiers qui donne du sens aux ressentis de l’enfant est indispensable. Ce dernier (la mère ou son substitut) réagit d'abord immédiatement, et augmente peu à peu son laps de temps de réponse, le plus souvent de manière inconsciente. Ce mécanisme permet à l'enfant d'inscrire la notion de temps, et ainsi de mieux accepter la frustration. En effet, le désir se construit dans la satisfaction des besoins de base du bébé et dans la sécurité affective (cf. la théorie de la fonction alpha de W. BION, dont S. ROBERT OUVRAY s'est inspirée pour établir ce niveau.)

Dans la clinique, si la mère ou son substitut ne touchent pas les ressentis de l'enfant (par l'intermédiaire des yeux, des mains, du corps et des paroles), les besoins de ce dernier ne seront pas satisfaits, et il ne pourra être sécure. Or, cette notion de sécurité affective appartient aux processus indispensables au développement psychomoteur et des fonctions orthophoniques (cf. plus haut).


Le niveau représentatif

Ce niveau correspond au couple bonne mère (ou plus largement bon objet), par opposition à mauvaise mère (mauvais objet). Cette qualification de l'autre dans sa présence et dans son absence s'étaye sur les tensions, sensations et affects.
Au cours du développement, l’enfant prend conscience que la méchante maman qui l’abandonne à sa douleur et la maman fée qui lui donne de bonnes choses sont une seule et même personne. Il acquiert les notions d’objet total et de Moi total, et se construit comme un tout cohérent, une unité psychosomatique. Ainsi, les frustrations deviennent supportables, parce qu’elles annoncent une satisfaction prochaine : le principe de réalité se met en place.

Certains enfants ne parviennent à accéder à ce niveau représentatif. Ils se situent en permanence dans l’ici et maintenant, et ne peuvent renoncer momentanément au profit d’une satisfaction ultérieure. Par exemple, lorsque des tensions douloureuses envahissent leur corps, ils se sentent à la fois agressés et agresseurs, victimes et coupables : toute frustration est vécue comme insupportable, et pousse le jeune à se sentir responsable et se dévaloriser.

Je me permets d'aller plus loin, en posant pour hypothèse le fait que dans un tel cas, la disponibilité psychique sera limitée, ce qui rendra l’exercice des fonctions cognitives difficile, et risque d’impliquer des troubles instrumentaux, lesquels pourront engendrer des troubles des apprentissages.


Le niveau du langage
Ce dernier niveau n'apparaît que dans une minorité des écrits de l'auteur. Il prend appui sur les autres : le tonus (le langage s'ancre dans le corps), le sensoriel (investissement sensori-moteur nécessaire pour s'exprimer), l'affect (les mots employés ne sont jamais neutres), et enfin la représentation (importance du paralangage).
Comme les autres niveaux, le principe de base est la dialectique des pôles opposés. Le concept « blanc » n'existe que parce qu'il peut s'opposer à « noir », mais également à « voiture » : il faut toujours un troisième terme pour donner du sens aux deux autres.

Lorsque le petit ne parvient à atteindre ce niveau, S. ROBERT-OUVRAY mentionne des troubles de l'opposition des signes, une impossibilité d'accès à la notion de jeu entre pôles opposés et à la réversibilité : elle identifie ici l'enfant dyslexique).
Personnellement, de tels symptômes me laissent à penser que des troubles logico-mathématiques peuvent également se manifester.
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