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 Illustration de l'état actuel en France

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Aurore Rivière
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Féminin Nombre de messages : 125
Psychomot ? Ortho ? Patient ? ou...? : orthophoniste et psychomotricienne
Département (si France) ou Pays : Oise
Date d'inscription : 01/01/2008

MessageSujet: Illustration de l'état actuel en France   Ven 4 Jan - 20:59

Dans notre pays, des missions de prévention sont attribuées aux acteurs de santé et à certaines structures publiques et gratuites (les centres de Protection Maternelle Infantile (PMI), les Centres Médico Psychologiques (CMP), la médecine scolaire...). Cependant, le nombre de tels établissements est dérisoire et les financements en matière d’action de prévention dans le domaine de la psychomotricité et de l’orthophonie restent nettement insuffisants. De fait, malgré la volonté et la conviction des professionnels, les actions d’information et de sensibilisation effectuées par les psychomotriciens et surtout les orthophonistes demeurent très peu nombreuses, voire inexistantes. Cette prévention primaire revient souvent aux médecins. De même, dépistage et traitement précoce sont souvent mis de côté par les psychomotriciens et les orthophonistes, par manque de temps. Ici encore, les médecins les secondent souvent dans cette tâche, d’où l’intérêt d’une approche interdisciplinaire de l’enfant. Je reviendrai plus loin sur cette notion. En somme, à l’heure actuelle, seule la prévention tertiaire semble réellement appliquée sur le terrain par les psychomotriciens et les orthophonistes, étant donné le peu de moyens mis à notre disposition…

Je voudrais ici relater le cas d’un jeune garçon observé au cours de mon stage en centre de Protection Maternelle Infantile (PMI). Cet enfant de plus de quatre ans se trouve en moyenne section de maternelle lorsqu’il est adressé à ma maître de stage, psychomotricienne au sein de cette PMI. La demande vient de l’Education Nationale qui se pose la question d’une déscolarisation de ce garçonnet. En effet, les capacités intellectuelles de ce dernier sont mises en doute sans équivoque, au regard des faibles compétences scolaires qu’il donne à voir. D’ailleurs, les Programmes Personnalisés de Réussite Educative (PPRE) mis en place semblent se révéler vains. En somme, le milieu enseignant apparaît démuni devant cet enfant, et se voit le confronter quotidiennement à des échecs dont il est conscient qu’ils lui sont nuisibles. De plus, le garçonnet ne prononce que quelques rares phonèmes considérés comme insignifiants. Enfin, le refus de N. se manifeste toujours de manière très vive et catégorique lorsque son enseignant l’accompagne aux toilettes, mais malgré cela, les accidents sont très nombreux...
Au domicile familial, la propreté du garçonnet n’est aucunement mise en doute. Par ailleurs, les parents rapportent que certes, l’enfant « ne parle pas », mais « il comprend » dans sa langue maternelle. Le bilinguisme est en effet de mise au sein de cette famille d’origine berbère.
Devant les difficultés soulevées par le milieu scolaire, les médecins que le jeune garçon consulte proposent d’évaluer son audition. En effet, si l’enfant se retourne lorsque l’on chuchote son prénom derrière lui, certains signes cliniques peuvent laisser penser qu’il n’entend pas. L’audiométrie tonale réalisée conclut à une absence de trouble auditif.
N. manifeste une appétence linguistique évidente : son regard est vif, ses mimiques, sa prosodie, ses gestes significatifs représentent une modalité d’expression dont il use volontiers afin d’être compris. Ainsi, le diagnostic d’autisme s’il est évoqué, est rapidement réfuté : selon le DSM IV (répertoire de classification des troubles mentaux), un trouble autistique se caractérise en effet notamment par une « altération qualitative des interactions sociales », par exemple pour ce qui concerne le paralangage.
En somme, l’hypothèse de déficience intellectuelle proposée par l’école paraît cohérente aux médecins. Pour répondre à la demande oppressante de l’Education Nationale, ils prescrivent dès à présent une évaluation en psychomotricité, persuadés qu’une approche psychocorporelle serait sans doute bénéfique pour le garçonnet.
Mais comment est-il possible que l’hypothèse d’un trouble spécifique du langage n’ait pas été émise ? Certes le bilinguisme rend difficile un tel postulat, d’autant plus que les parents affirment que leur enfant « comprend le berbère». Cependant, l’observation clinique met en évidence que, si le garçonnet saisit effectivement quelques mots, la compréhension morphosyntaxique de sa langue maternelle semble lui échapper… Les rapides progrès de l’enfant dans le domaine des pré-apprentissages lorsqu’on lui fournit des explications dans un canal infraverbal paraissent également converger vers cette hypothèse. C’est d’ailleurs celle que la psychomotricienne et moi retenons et proposons aux médecins. Un centre référent du langage l'a d'ailleurs confirmée… plusieurs mois après, lorsque la date du rendez-vous a été effective…

Au risque d’une méprise, je tiens à insister sur le fait qu’une telle illustration clinique ne veut aucunement dénigrer le travail des enseignants ou des médecins.

En effet, la formation spécifique initiale de professeur des écoles n’évoque que très superficiellement (voire pas du tout) les troubles psychomoteurs et orthophoniques. Sur le terrain, seuls les médecins de l’Education Nationale sont habilités à coordonner le milieu médical et enseignant. Mais, bien qu’ils doivent assurer de nombreuses missions, ces spécialistes restent en nombre dérisoire, certains secteurs n’étant d’ailleurs pas couverts… Ils agissent en effet directement auprès des élèves (bilans de santé, mise en place de dossiers médicaux, repérage d’enfants en difficulté, soutien dans la scolarisation d’élèves en situation de handicap…). Ils sont également chargés de mettre en place des actions de sensibilisation et d’information auprès de certains directeurs d’école ou enseignants. En outre, les Inspecteurs de l’Education Nationale (IEN), dont les missions sont également très nombreuses, peuvent assurer ponctuellement la formation complémentaire de leurs enseignants en leur transmettant une meilleure connaissance des troubles psychomoteurs ou orthophoniques. Par conséquent, les acteurs de l’Education Nationale ne disposent pas des outils qui leur permettraient une prévention optimale.

De même, pour ce qui concerne les médecins de N., la proposition d’approche psychocorporelle à travers la psychomotricité met en évidence leur finesse clinique : on peut imaginer, que, inconsciemment, ces troubles du langage leur apparaissaient évidents. Je souhaite ici pointer les dysfonctionnements propres aux choix de notre gouvernement en matière de santé publique.
Ainsi, les médecins du secteur où j’effectue ce stage sont particulièrement sensibilisés à la psychomotricité. La politique du département dans lequel se situe cette PMI est en effet de développer notre profession. A contrario, la place de l’orthophonie y est moindre. Le cas de N. met en évidence les répercussions cliniques du choix de ce Conseil Général. Ainsi, la proposition d’évaluation et de suivi en psychomotricité relève de la prévention tertiaire. Pour autant, lorsque l’enfant est adressé en orthophonie, il ne s’agit plus de prévention puisque le trouble d’acquisition du langage dont il souffre apparaît déjà installé…
Parallèlement, je travaille en tant qu’orthophoniste dans un autre département, au sein duquel la psychomotricité reste encore dans l’ombre. Il arrive que j’y reçoive des patients que l’on m’adresse pour une prévention. Parfois, celle-ci recouvre directement le champ de compétences de l’orthophonie. Mais souvent, un suivi en psychomotricité me semblerait davantage opportun…

Ces carences en matière de prévention portent directement préjudice à nos enfants. Ainsi, par exemple, N. se voit continuellement confronté à des situations d’échec et de non-sens, son intelligence est mise en doute. A terme et si aucun soutien adapté n’est mis en place, il risque de perdre son appétence linguistique, et se conforter à cette prédiction.
Et le cas de N. n’est malheureusement pas isolé. En effet, la prévention et le diagnostic restent un problème de santé publique très présent en France, plus particulièrement pour les enfants présentant des troubles instrumentaux et des troubles des apprentissages. Les difficultés, à l’origine médicales, deviennent éducatives puis sociales. D’ailleurs, le Haut Comité de la Santé Publique et l'Inspection Générale des Affaires Sociales ont pu par exemple rapporter de graves dysfonctionnements concernant l’orientation de ces patients vers des structures qui leur sont totalement inadaptées. Certes, des mesures sont actuellement prises par l'Education Nationale pour améliorer la scolarisation des enfants handicapés. Cependant, je pense que résoudre un tel problème nécessite une véritable collaboration des acteurs de la santé, de l'action sociale et de l'Education Nationale, notamment au niveau des pouvoirs publics. Un long chemin reste à parcourir…

De plus, l’action préventive n’est-elle pas déjà souvent curative ? Ainsi, comme j'essaye de le souligner à travers ce forum, remédier à des troubles psychomoteurs pourrait par exemple prévenir des difficultés orthophoniques.
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