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 Théories psychologiques et psychanalytiques

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Aurore Rivière
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Psychomot ? Ortho ? Patient ? ou...? : orthophoniste et psychomotricienne
Département (si France) ou Pays : Oise
Date d'inscription : 01/01/2008

MessageSujet: Théories psychologiques et psychanalytiques   Ven 4 Jan - 20:49

Théories psychologiques et psychanalytiques : concepts psychomoteurs et accès aux fonctions orthophoniques

Je vais exposer succinctement ces théories, en tentant de mettre en évidence les grands concepts psychomoteurs qui en émergent. Pour simplifier la lecture, ces derniers sont soulignés et indiqués en italique.


- la fusion entre le bébé et sa mère permet l’instauration d’une sécurité affective

Lorsque le bébé quitte l'utérus maternel, il se perçoit comme un corps morcelé, atemporel, et non distinct de celui de sa mère. Si les premiers soins sont adaptés, l'enfant et sa mère pourront se séparer de cette enveloppe fusionnelle et s'individualiser. Ainsi, au cours du handling, la mère ou son substitut offre à sa progéniture une continuité des soins. Elle s'adapte à ses besoins, ce qui lui permet d'établir un sentiment de sécurité psychocorporel. Parallèlement, le holding apporte à l'enfant un sentiment de contenance.

Or, H. WALLON et J. de AJURIAGUERRA (neuropsychiatre et psychanalyste espagnol) estiment que ces concepts établis par D. WINNICOTT (pédiatre et psychanalyste britannique) ne sont pas exhaustifs. Ainsi, selon les auteurs, cette communication corporelle n'est pas unilatérale : il s'agit en fait d'un système d'interactions réciproques entre le bébé et sa mère. La notion de dialogue tonico-émotionnel apparaît : l'enfant perçoit les variations de l'état affectif ou de la disponibilité physique et psychique de sa mère ; et dans le même temps, celle-ci constate les modifications tonico-émotionnelles de son enfant. De véritables adaptations toniques et posturales se mettent en place entre les deux partenaires, et permettent une régulation émotionnelle.

Ainsi, de telles expériences fusionnelles sont nécessaires pour le développement de l’enfant, puisqu’elles lui permettent d’acquérir un sentiment de sécurité interne, qui lui sera indispensable afin qu’il se constitue une enveloppe psychocorporelle propre.


- la constitution d’une enveloppe psychocorporelle propre

Ainsi, le tonus est sollicité au cours des contacts corporels à travers le dialogue tonico-émotionnel, le holding et le handling. De même, inéluctablement, la peau l'est également. Peu à peu, le nourrisson perçoit cette dernière comme une enveloppe corporelle, c'est le « moi peau » (D. ANZIEU, psychanalyste français, 1995). Le petit réalise qu’il possède un dedans, un dehors, et un volume. La peau devient une membrane contenante et protectrice qui délimite le moi et le non-moi. L'enfant ressent alors une continuité d'existence, et se construit un schéma corporel et une image du corps propre.
Il est intéressant de noter que, pour B. LESAGE (docteur en sciences humaines, médecin, danse-thérapeute, 2006), le « moi peau » ne peut apparaître que si le « moi os » est stable. Ainsi, selon l'auteur, les expériences psychomotrices que le bébé vit lui permettent d'intérioriser les appuis de son squelette : il se perçoit alors en tant que moi solide et unifié. C'est sur cette sensibilité profonde (ou « moi os ») que pourra se greffer la sensibilité superficielle du « moi peau ».


Ce sentiment d’unité psychocorporelle se développe donc progressivement. Le stade du miroir met en évidence la reconnaissance de l’unité corporelle comme métaphorisation de l’unité de la vie psychique. Cette notion est introduite par H. WALLON (neuropsychiatre, psychologue, philosophe, pédagogue et homme politique français). Pour lui, l’enfant peut reconnaître l’image de l’autre dans le miroir, puis son corps propre, parce qu’il acquiert une certaine maturation neurophysiologique, mais également par l’intervention de son environnement. H. WALLON estime que le stade du miroir n’est qu’un élément parmi d’autres impliqués dans la prise de conscience du corps propre.

R. ZAZZO (docteur en lettres, psychologue, et disciple de H. WALLON) met en évidence différentes étapes dans la description du stade du miroir. Dans un premier temps, l’enfant ne semble pas effectuer de lien entre l’image dans le miroir et la personne qui produit ce reflet. Il reconnaît en premier lieu l’image de sa mère, qu’il appréhende comme la réalité. De même, il considère sa propre image comme celle d’un autre enfant. Peu à peu, il cesse d’envisager le reflet comme une réalité : vers 18 mois apparaît une rupture, l’enfant regarde fixement son image ou s’en détourne. Progressivement, il comprend que ce n’est que l’image de sa mère qu’il observe dans le miroir. Il peut bientôt s’identifier à son propre reflet, grâce à l’intervention de sa mère qui lui nomme cette image : « oui, regarde, c’est toi ! ». L’enfant se perçoit alors comme une unité psychocorporelle, son schéma corporel se construit, il distingue le soi du non-soi, passe du réel à l’imaginaire.

J. LACAN (psychiatre et psychanalyste français, 1966) considère que le stade du miroir est formateur de la construction du corps propre, mais aussi de la fonction sujet, du « je ». En effet, selon lui, l’enfant, qui a déjà expérimenté l’absence de la mère de manière angoissante, prend conscience de son unité corporelle par le regard et les paroles de sa mère qui nomme son image spéculaire. De cette découverte naît une « jubilation » de contempler l’image de son unité, alors qu’il vit un morcellement corporel. L’enfant perçoit les limites de son corps, l’étayage de l’autre lui permet de se considérer comme différent, de s’approprier son corps. L’image du corps se met en place.

F. DOLTO (pédiatre et psychanalyste française, 1984, 2002) estime que le miroir ne se limite pas à l’image scopique, mais peut également être la voix ou toute autre forme sensible. Pour elle, l’enfant qui découvre son image corporelle ne jubile pas. Au contraire, cette expérience vécue comme une castration fait souffrir l’enfant, qui doit se résoudre à accepter de devenir un sujet autonome.


- séparation, triangularisation, symbolisation primaire, et émergence des fonctions orthophoniques

Je vais désormais développer cette notion de séparation et mettre en évidence le fait qu’elle permet l’émergence des fonctions orthophoniques.
A la naissance de son bébé, toute « mère suffisamment bonne » se trouve dans un état de « préoccupation maternelle primaire » (pour reprendre les expressions de D. WINNICOTT). Cela signifie qu’elle s’adapte quasi immédiatement aux besoins de son enfant. Cette étape est primordiale pour le petit, qui ne pourrait supporter des carences précoces répétées.
Progressivement, la mère introduit un temps de latence avant de satisfaire les besoins de son enfant. La durée de cette frustration augmente petit à petit. Ce mécanisme, qui s’effectue naturellement le plus souvent, permet au bébé de s’extraire peu à peu de la relation symbiotique qu’il entretient avec sa mère.

Or, dans ce processus de séparation entre la mère et son enfant, le père dispose d’une place primordiale : il permet de trianguler la relation. Le célèbre jeu de mots de J. LACAN (psychiatre et psychanalyste français) entre « nom » et « non » du père évoque l’impact de cette nomination. Ainsi, par exemple, si le dialogue tonico-émotionnel que les mères offrent à leur enfant se situe sur le versant du soin, de la tendresse, du réconfort, les pères, eux, leur offriront davantage un dialogue phasique . Cette modalité particulière du dialogue tonico-émotionnel étudiée par J. LE CAMUS (professeur de psychologie sociale à l’Université de Toulouse, 1997) consiste en un échange plus physique, plus stimulant. Par exemple, le père peut soulever son bébé dans les airs dès la fin du premier mois… La fonction paternelle est donc davantage orientée vers une ouverture sur l’environnement. Or, celle-ci ne peut se faire que si la mère permet à son conjoint de se positionner ainsi. Par son action dynamisante, le père interviendra alors comme tiers séparateur entre les deux protagonistes. En véhiculant les règles culturelles et sociales, il permettra au bébé d’accéder à la symbolisation et au langage.


Ainsi, le bébé doit progressivement subir l’absence maternelle. Pour lutter contre l’angoisse que lui apporte cette situation, de nombreux enfants ne quittent pas leur « objet transitionnel ». Ce terme, employé par D. WINNICOTT désigne par exemple le doudou que l’enfant choisit, et qu’il ne perçoit pas comme appartenant à sa mère, ni comme un objet intérieur, mais bien comme la première possession distincte du moi. Ce doudou lui permet de garder un sentiment de contrôle.
Plus largement, les « jeux de coucou », de remplissage/vidage, les boites à formes, etc. constituent un espace transitionnel qui permet d’apprivoiser cette situation d’absence maternelle. En effet, en expérimentant de manière active les relations de contenant/contenu, le petit accède à la représentation, il passe progressivement du jeu au « je ».
C’est ce même mécanisme qui se joue dans la scène de « la bobine » de S. FREUD. Ainsi, le père de la psychanalyse a observé son petit-fils ramenant une bobine à lui et s’écriant [o], puis l’éloignant en prononçant [a]. Il analyse cette scène en expliquant que l’enfant s’approprie symboliquement les départs de sa mère au travers de ce jeu. En effet, la bobine symbolise la mère qui s’éloigne ([o] signifie alors « fort », « loin » en allemand) et revient ([a] « da », « ici » en allemand). L’acte et la répétition permettent donc la symbolisation, le mot se substitue à la chose.

R. SPITZ (psychiatre et psychanalyste américain, 1968) étudie la genèse de cette relation objectale, c’est-à-dire le processus de dissociation à la mère. Selon lui, dans un premier temps, le nouveau-né ne différencie pas le milieu extérieur qui l’entoure de sa propre personne. Trois organisateurs psychiques marquent la différenciation entre le soi et le non-soi et permettent l’émergence du langage :
- le sourire social. Ce premier comportement actif et intentionnel est adressé au visage humain de face et en mouvement. Il apparaît à partir de 2-3 mois, et permet l’élaboration de la primauté de la perception externe. Le bébé prend alors plaisir à gazouiller, car il réalise qu’il est maître des sons qu’il émet, contrairement à ceux qui proviennent de l’extérieur. Ses productions vocales s'enrichissent : il explore de nouvelles sensations kinesthésiques, et dispose bientôt d'un clavier phonétique international, c'est-à-dire qu'il peut produire les sons de toutes les langues.
- l’angoisse du 8-9ème mois. La différenciation entre le soi et le non-soi se poursuit : le départ de la mère ou l’approche d’un étranger déclenche une réaction de repli, de crainte, et des pleurs. A cette même période, l'enfant manifeste de l'attention pour les productions vocales de l’autre et s'écoute lui-même : la boucle audiophonatoire s'installe. Le bébé réduit son clavier phonétique international aux sons qu'il entend dans son environnement, et son entourage ne manque pas de l'en encourager.
- le « non » sémantique. Le petit se trouve écartelé entre son désir et l’interdit frustrant auquel il est confronté depuis sa naissance. A partir de 15 mois, il adopte donc un compromis en s’identifiant à l’agresseur à qui il (im)pose son refus. En secouant la tête et en articulant ce premier mot, l’enfant indique à son entourage qu’il est capable de nier, d’affirmer sa personnalité, son identité. Or, le langage humain permet de s'organiser dans la relation à l’autre : la communication sémantique s’installe progressivement.


La séparation de la mère et l’accès au processus de triangulation par la présence du père apparaît également indispensable à l’acquisition du langage écrit et des compétences logico-mathématiques. En effet, ces notions correspondent à du maniement de symboles. L’enfant doit donc se percevoir comme une unité psychocorporelle afin de pouvoir s’y identifier. Les mots de M-Y POULIQUEN (orthophoniste, IPERS, 1999), sont explicites : « comme la parole, l’écriture est une sortie de soi-même pour atteindre l’autre. Or, avant d’être une trace, l’écriture est un geste, un geste intégrant qui permet le mouvement de l’intérieur vers l’extérieur. » De même, J-P. DURIF VAREMBONT (psychologue, psychanalyste et maître de conférences à l’Université de Lyon 2, 1991) précise : « Les lettres, les phrases, comme les chiffres suivent des lois de combinaison tout en sollicitant pour celui qui écrit des investissements archaïques antérieurs concernant son corps propre ; la séparation du corps à corps avec la mère, la différence des sexes, la castration. Quand on écrit [ou que l’on expérimente les mathématiques (ndla)], on coupe (on ponctue, on laisse des blancs), on divise, on ajoute, on retranche ».
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